Pour l'institution d'une Commission Vérité sur l'assassinat d'Olof Palme !

Le 28 février 1986, Olof Palme a été victime d'un attentat brutal en pleine rue, au centre de Stockholm. L'assassinat du Premier ministre fut une attaque sans précédent contre la démocratie. Dans un État de droit tel que la Suède, tout aurait dû être mis en œuvre pour résoudre ce crime.

Il est inacceptable qu'aujourd'hui, quarante ans plus tard, ce meurtre reste non élucidé alors que toutes les pistes n'ont pas encore été explorées pour parvenir à une conclusion définitive et incontestable.

L'enquête a été close en 2020 sans apporter la moindre clarification – un échec total pour la police et le parquet.

Aucun obstacle n'aurait dû empêcher d'identifier l'auteur, ses éventuels complices et leurs mobiles. Pourtant, des entraves constantes — sous forme de secret défense et d'obligation de silence — ont bloqué des pistes qui auraient pu mener à des explications politiquement plus sensibles que celle du tueur solitaire.

Comment la vérité aurait-elle pu émerger alors que les enquêteurs n'avaient pas accès à tous documents pertinents ? Alors que des autorités publiques ont refusé l'accès à leurs archives et que des fonctionnaires ont invoqué le secret professionnel ?

Une piste rendue inaccessible par ces blocages concerne l'implication potentielle de personnels civils ou militaires issus des services de sécurité ou de renseignement, relevant de la Säpo, du MUST ou de l'organisation secrète Stay Behind.

À ce sujet, il existe de nombreux indices concrets qui n'ont jamais fait l'objet d'une enquête policière approfondie ou qui ont été entravés par le secret.

Parmi ces informations non examinées figurent :

  • Le déroulement d'une opération secrète de la Säpo, sous le nom de code « Cosi fan tutte », à proximité du lieu du crime la nuit du meurtre, sans que les enquêteurs n'en soient informés
  • Le fait que des responsables de la Säpo, y compris au plus haut niveau, aient fourni de fausses informations aux enquêteurs sur leurs activités cette nuit-là
  • La disparition des archives du dossier ultra-secret de la Säpo concernant Olof Palme, qui n'a pu être mis à disposition des enquêteurs
  • L'absence de réponse claire donnée au parquet par les Forces armées concernant un présumé exercice de défense contre un coup d'État dans le centre de Stockholm la nuit du meurtre

Qu'une enquête sur l'assassinat d'un Premier ministre ait été ainsi entravée par des autorités publiques est évidemment inacceptable. Un nouveau départ vigoureux est impératif.

Pour briser la barrière des secrets et du silence, qui a rendu le travail même des enquêteurs impossible, il faut des pouvoirs extraordinaires dont les investigations précédentes ne disposaient pas.

La Commission d'examen instituée par le Parlement dans les années 1990 pour analyser le travail d'enquête réalisé jusque-là avait un mandat limité et n'était pas opérationnelle. Elle a constaté un manque de coopération de la part de la Säpo et n'a pu surmonter les obstacles liés au secret et à l'obligation de silence.

Elle a néanmoins relevé des lacunes graves, notamment des cercles de personnes et des mobiles insuffisamment étudiés. Ces lacunes, non corrigées, subsistent encore aujourd'hui, après la clôture de l'enquête en 2020.

Il est grand temps de combler celles-ci et de faire la lumière sur ces zones d'ombre qui, depuis 40 ans, échappent à tout contrôle.

Nous préconisons donc la création d'une Commission Vérité dotée d'un mandat exceptionnellement fort, nommée par le gouvernement et le Parlement. Elle devrait travailler de manière indépendante, et effectuer une indispensable analyse approfondie de ces zones obscures.

Un modèle pertinent serait la Commission Lund en Norvège, dirigée par le juriste Ketil Lund. Créée dans les années 1990 par le Storting pour enquêter sur les écoutes et surveillances illégales présumées de la police secrète norvégienne, elle a réussi, grâce à son mandat unique, à briser les murs du secret et du mensonge.

En Norvège, son travail a été considéré comme une véritable « purification » qui a renforcé le pays, malgré – ou peut-être, grâce à – ses révélations gênantes.

Une commission similaire, disposant d'un accès total aux archives, de la possibilité de tenir des auditions sous serment et de lever l'obligation de silence des personnes interrogées, pourrait nous rapprocher d'une solution ou d'une explication de l'attentat contre Olof Palme.

De plus, les moyens technologiques se sont considérablement améliorés — avec l'IA et les analyses ADN notamment — l'efficacité du travail en serait accrue.

Si rien n'est fait, le meurtre du chef du gouvernement risque de rester à jamais non élucidé, son auteur, son contexte et ses motifs inconnus. Nous ne pouvons nous en contenter alors qu'il existe une possibilité de chercher la solution en examinant les pistes connues mais insuffisamment explorées.

Olof Palme demeure la figure politique suédoise la plus marquante sur la scène internationale. L'échec à élucider son assassinat ternit l'image de la Suède à l'étranger. C'est le seul assassinat d'un dirigeant politique en Europe à l'époque moderne qui risque de rester non résolu.

Nous sommes convaincus qu'une clarification complète des circonstances de sa mort renforcerait la Suède.

Nous appelons donc le gouvernement et le Parlement suédois à instituer une Commission Vérité forte, chargée d'apporter la plus grande clarté possible sur le meurtre du chef du gouvernement.